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ARTICLES
DE PRESSE
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Profession
bluesman
« Mon coeur n'est pas en quartz »
Enfant
déjà, il décrochait les bonnes notes surtout sur une guitare. A 52 ans,
Guy Roel est resté fidèle au blues...
Il trimbale une vieille valise et une plaque de cuisinière où s'affole une poignée de boulons. Voilà pour les boîtes à rythmes (à même le sol et actionnées au pied), résultat d'années de tâtonnements pour trouver le son juste et bien déglingué. Au-dessus : des guitares qui en ont vu de toutes les couleurs et des doigts qui cavalent, libres et parfaitement accordés à une voix rêche, aux frontières du noir et blanc. Sourire en coin, l'oeil en arrêt sur image : « Il me manque juste un jambe de plus pour la pédale d'effets... ». Guy Roel affirme qu'il ne fait pas dans le blues triste. Sur les pas de Blind Boy Fuller, dans les traces de Lightin'Hopkins, il déroule sa vie comme une chanson sans fin. Pas loin de 400 titres au répertoire, ça aide.
Avec Bob Marley à Stockholm
Sans le choisir, sans le copier et sans le savoir, Guy Roel a suivi le même type d'itinéraire initiatique qu'un Jimi Hendrix. Mais de l'autre côté de l'Atlantique : pendant sept ans, il se fait la main et les tripes à courir le cachet comme bassiste dans le circuit professionnel du hit-parade suédois. A l'époque où les vedettes de Stockholm écumaient la campagne avec des musiciens capables d'assurer en toutes circonstances. Trois shows par soir, chacun parfois à plus de 40 km de distance. « Je suis monté en Scandinavie du jour au lendemain, à la suite d'un quartette italien spécialisé dans l'animation des night-clubs ; de fil en aiguille, je me suis retrouvé à accompagner les vedettes du coin ». Le rythme est soutenu mais pas mal de portes s'ouvrent du même coup un peu partout. Il intègre alors le Modern Sound Quintet, un groupe de fusion monté avec Kofi, le percussionniste ghanéen du groupe Osibisa. Bonnes vibrations : « C'était en 1973 et pendant un bout de temps, nous avons côtoyé là-bas Bob Marley... » (NDLR : le futur messie du reggae était en Suède pour travailler sur une musique de film).
Sur l'Autobahn du matin au soir
En contact avec le groupe Traffic de Stewie Winwood ou avec Brian Auger, Guy Roel décline à l'époque diverses propositions, notamment à Londres, mais aussi en France : « Un copain m'a même branché pour tenter de décrocher le poste de bassiste dans l'orchestre de Claude François... ». Pour toute réponse, Guy éclate de rire. « La variété, j'avais donné... ». Retour au pays où fort d'une solide réputation de bassiste funk, il rejoint Deliverance, orienté soul-évangéliste. Sa technique et son feeling font des étincelles dans ce combo majoritairement constitué de Canadiens et d'Américains, « de vrais pros avec avec un son d'enfer ». Le groupe guette le hit et tourne très fort en Allemagne. « Mais j'en ai eu marre d'être sur l'Autobahn du matin au soir ». L'époque est déjà aux machines et les sons électroniques s'apprêtent à faire le ménage : « En quelques mois, les bassistes et les batteurs se sont retrouvés au chômage... ». Guy ne l'entend pas de cette oreille : « Mon coeur n'est pas en quartz et il ne le sera jamais... ». Il tire un trait et renoue en 1984 avec la musique qui l'a toujours fait vibrer au plus profond. « Je suis spontanément revenu au blues, celui que je jouais déjà avec Gérard Welsch (NDLR : le futur batteur d'Ange), quand nous étions mômes... ».
Au lycée, il se fait appeler Ray
Fils d'un ingénieur de filature passionné par le jazz, Guy Roel (Roellinger pour l'Etat-civil) a été appelé par la musique très tôt « je ne devais pas avoir dix ans ». Au lycée de Belfort, il porte constamment des lunettes noires et dans la cour, il se fait appeler Ray. « "Georgia on my mind" m'avait bouleversé et j'étais depuis longtemps littéralement imprégné par le rythm'n'blues américain ». Au grand dam de sa mère, il ne s'intéresse qu'à la guitare et enfant, décroche en cachette celle de son frère (« il n'en jouait jamais ») accrochée à un mur. Les tentatives pour dénicher un apprentissage à son goût échouent l'une après l'autre. Mais à 15 ans, il maîtrise suffisamment la basse (« j'ai appris à droite et à gauche, chez des copains ») pour se faire engager par les Vicomtes, « un bon groupe de rock'n'roll » qui faisait alors parler de lui dans la vallée de la Doller. Un an plus tard, la pourtant dure école du bal (« on jouait trois fois par week-end ») avec un orchestre de Haute-Saône ne fait qu'affermir sa passion. Il ne le sait pas encore, mais au bout de la route, la Scandinavie, déjà, l'attend.
Le temps de vivre
A 52 ans, Guy Roel prend aujourd'hui son temps, « le temps de vivre ». Installé aux portes de l'Alsace, à Reppe (près de Bréchaumont), il accompagne de temps en temps, « en guest », la chanteuse américaine Lisa Doby. Et il travaille, chez lui, sur un prochain CD. Pas dupe: « La fabrication est artisanale et la distribution le sera aussi », lâche-t-il en commandant une eau minérale, « parce que le blues français n'intéresse personne... ». En attendant, les concerts de Guy racontent encore et encore son parcours, la route, la scène, les gens. Acoustiques ou électriques, en solo ou en trio, il veut en faire à chaque fois une vraie rencontre avec le public. « Je ne sélectionne jamais de morceaux avant ; ce sont eux qui me choisissent, au hasard des réactions de la salle... ».